texte Pascal
La douceur de la gloire est si grande, qu'à quelque chose qu'on l'attache, même à la mort, on l'aime.
L'orgueil contrepèse toutes nos misères. Car, ou il les cache, ou s'il les découvre, il se glorifie de les connaître.
L'orgueil nous tient d'une possession si naturelle au lieu de nos misères et de nos erreurs, que nous perdons même la vie avec joie, pourvu qu'on en parle.
La vanité est si ancrée dans le cœur de l'homme, qu'un goujat, un marmiton, un crocheteur se vante, et veut avoir ses admirateurs. Et les Philosophes mêmes en veulent. Ceux qui écrivent contre la gloire, veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit ; et ceux qui le lisent, veulent avoir la gloire de l'avoir lu ; et moi qui écris ceci, j'ai peut-être cette envie ; et peut être que ceux qui le liront l'auront aussi.
Malgré la vue de toutes nos misères qui nous touchent, et qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève.
Nous sommes si présomptueux, que nous voudrions être connus de toute la terre, et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus. Et nous sommes si vains, que l'estime qui nous environnent nous amuse et nous contente.
Pascal, Pensées, XIV – Vanité de l’homme, 1670
Questions :
1) Lexicologie : étude des mots contrepèse (l. 3), ancrée (l. 8), présomptueux (l. 18)
2) Grammaire : expansions du nom
3) Grammaire : connecteurs argumentatifs