éléments de correction Molière
Dom Juan
Quelle est ton occupation parmi ces arbres ?
Le Pauvre
De prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.
Dom Juan
Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise ?
Le Pauvre
Hélas ! Monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde.
Dom Juan
Tu te moques : un homme qui prie le Ciel tout le jour, ne peut pas manquer d’être bien dans ses affaires.
Le Pauvre
Je vous assure, Monsieur, que le plus souvent je n’ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents.
Dom Juan
Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins. Ah ! ah ! je m’en vais te donner un louis d’or tout à l’heure, pourvu que tu veuilles jurer.
Le Pauvre
Ah ! Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché ?
Dom Juan
Tu n’as qu’à voir si tu veux gagner un louis d’or ou non. En voici un que je te donne, si tu jures ; tiens, il faut jurer.
Le Pauvre
Monsieur !
Dom Juan
À moins de cela, tu ne l’auras pas.
Sganarelle
Va, va, jure un peu, il n’y a pas de mal.
Dom Juan
Prends, le voilà ; prends, te dis-je, mais jure donc.
Le Pauvre
Non, Monsieur, j’aime mieux mourir de faim.
Dom Juan
Va, va, je te le donne pour l’amour de l’humanité. Mais que vois-je là ? Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté.
Molière, Dom Juan, Acte III, scène II, 1663
Les types de phrases :
« Les phrases réalisées, dans leur infinie diversité, peuvent être ramenées à quelques structures fondamentales. La linguistique structurale a longtemps privilégié la phrase déclarative (ou assertive), en l’utilisant comme modèle canonique […] Pour rendre compte des différences structurelles des phrases françaises, on distingue différents types de phrases ; le type déclaratif, malgré son importance, n’est qu’un type possible parmi d’autres » GMF, 1999 : 385
Il s’agit donc ici de présenter les trois grands types de phrases selon les critères formels qui les définissent tout en expliquant que ces trois grands types font partie selon la terminologie de la grammaire générative des types obligatoires ou fondamentaux auxquels peuvent se combiner les types facultatifs (passif, négatif, emphatique, impersonnel) mais qui n’entrent pas dans la définition des types de phrases. Si les auteurs de la GMF excluent l’exclamatif des types obligatoires parce qu’en dehors de son intonation particulière ce type de phrases se rapproche syntaxiquement de la phrase déclarative, ils proposent, au-delà de la distinction types obligatoires / types facultatifs, le classement suivant : «
- les types énonciatifs regroupent les trois types obligatoires de base, associés aux trois actes de langage fondamentaux : assertif, interrogatif, impératif ;
- le type logique négatif / positif se fonde sur une valeur sémantique reconnue par la logique classique et impliquée par les trois types énonciatifs ; [→ cf. NEGATION]
- les types de réarrangement communicatif : passif, emphase et impersonnel, qui opposent des formes marquées à des formes neutres, constituent un réagencement de la structure syntaxique à des fins communicatives (thématisation, focalisation, etc.) ;
- le type exclamatif ne manifeste que la subjectivité du locuteur et réalise la fonction expressive du langage. [cf. MODALITES] » GMF, 1999 : 388
Ici sont repris les critères formels caractérisant les trois types (énonciatifs) de phrases :
- type assertif ou déclaratif : c’est la phrase canonique GN + GV, le type fondamental dont l’intonation est montante puis descendante et qui se ponctue par un point. Ce type est associé à l’acte d’assertion qui vise à communiquer une certitude.
- type interrogatif : « associé habituellement à l’acte d’interrogation ou de questionnement. Ses structures et ses moyens morphologiques sont très divers (usage de termes interrogatifs, inversion du sujet, etc.). Son intonation la plus connue est montante (Tu viens ?), mais une courbe intonative descendante se rencontre également (Qui est venu ?) ; l’intonation interrogative correspond dans les deux cas au point d’interrogation à l’écrit […] » ibid.
- type impératif ou injonctif : « associé habituellement à un acte d’intimation ou d’injonction (« ordonner quelque chose à quelqu’un », au sens large, de la prière à l’ordre vif, en passant par le conseil). Il caractérise par l’absence de sujet du verbe quand celui-ci est au mode impératif (Sortez !). Son intonation est descendante (à l’inverse de la courbe de l’interrogation totale) et elle correspond à l’écrit à un point ou à un point d’interrogation (selon la « force » de l’ordre et son caractère affectif) » GMF, 1999 : 388-389
▲ « Ces trois types de phrases sont à la fois obligatoires et mutuellement exclusifs […] GMF, 1999 : 389.
Classement des occurrences du texte
Phrases assertives
Phrases impératives
Phrases interrogatives : 1) interrogation totale : porte sur l’ensemble de la phrase. La réponse attendue est oui ou non. 2) interrogation partielle : porte sur un constituant de la phrase.
Les adverbes : morphologie et fonctionnement syntaxique
Les grammairiens s’accordent sur le caractère hétérogène de cette catégorie grammaticale. Certains critères définitionnels sont pourtant reconnus ; les adverbes sont invariables, tout comme les prépositions, les conjonctions ou les interjections. Facultatifs, on les trouve souvent dans un rapport de dépendance avec un autre élément de la phrase.
Au niveau morphologique, les adverbes appartiennent à deux grands classes morphologiques : i) ceux que l’on nomme adverbes simples, c’est-à-dire ceux qui sont directement issus du fond latin (bien, peu, etc.), ont été construits en ancien français (désormais = adverbe congloméré) ou sont le résultat d’une conversion ([fort]ADJ > [fort]ADV)
ii) ceux que l’on nomme adverbes construits (à partir d’un base adjectivale (forme du féminin) et après suffixation en –ment : ex. heureuse > heureusement).
▲ Les adverbes construits et les adverbes conglomérés ne connaissent pas d’occurrences dans ce texte.
Distribution syntaxique des adverbes
Si les adverbes peuvent être classés selon leurs interprétations sémantiques (ex. indication du degré, modification du procès verbal, etc.), il est possible de les ranger selon quatre grandes classes distributionnelles :
1) ADV = P : l’adverbe équivaut à une proposition (oui, non). On ne relève aucune occurrence de ce type dans le texte.
2) ADV = C. CIRC. de P : l’adverbe est un constituant facultatif de la phrase. Il est mobile et parfaitement effaçable : « le plus souvent »
3) ADV = CONNECTEUR : connecteur de phrase, encore appelé adverbe de liaison : « donc »
4) ADV = ELEMENT D’UN GN (expansion de l’adjectif : « (la) plus (grande nécessité)») ou ELEMENT D’UN GV (absence de mobilité) : « (tu ne sois) bien » ; « (jure) un peu » ; « (jure) donc ».