éléments de correction Ronsard

Publié le par lexgram

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. »

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et fantôme sans os
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

 

                Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, II, 24, 1578

 

Les participes dans l’ensemble du poème

« Le participe est comme l’infinitif, un mode impersonnel du verbe. On distingue en premier lieu le participe présent (chantant) et le participe passé (chanté, ayant chanté) » GMF, 1999 : 339

I-                   Les formes en –ant se répartissent selon « deux types de fonctionnements syntaxiques :

(1)   « Le participe présent et l’adjectif verbal justifient, chacun à sa façon, le terme de participe et son appellation de forme adjective du verbe ; ils « participent » à la fois du verbe et de l’adjectif :

Le soleil, tombant [p. présent] d’aplomb sur les larges verdures, les éclaboussait. (Flaubert)

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes [adj.]. (Lamartine) » ibid.

Le participe présent garde des propriétés verbales alors que l’adjectif verbal est un certain type d’adjectif qualificatif. « Ces deux formes représentent deux degrés de l’adjectivisation du verbe : le participe présent garde l’essentiel des propriétés du verbe, alors que l’adjectif verbal se comporte comme un véritable adjectif.

Si, d’un point de vue syntaxique, ces deux formes exercent les fonctions de l’adjectif qualificatif :

Epithète : « Je respire largement, tel Pelléas sortant [p. présent] du souterrain et retrouvant [p. présent] la vie, l’odeur des roses (Barthes)

Apposé : « Je me remis en mer, cherchant [p. présent] toujours quelque terre chérie des dieux » (Montesquieu)

Attribut du complément d’objet : « Je le [le sentier] trouvai tout bourdonnant [adj.] de l’odeur des aubépines (Proust) → le pronom le ayant la fonction C.O.D. (trouver qqch), bourdonnant est attribut de l’objet auquel il renvoie, à savoir le sentier.

Ces formes se distinguent parce que « seul l’adjectif verbal peut être attribut du sujet » (Cet ordinateur est bruyant)  « alors que le participe présent peut être le noyau verbal d’une proposition subordonnée participiale : Le soir tombant, le berger ramène le troupeau à la bergerie […] » (GMF, 1999 : 340) d’une part, et que d’autre part, d’un point de vue morphologique le participe présent est toujours invariable contrairement à l’adjectif verbal :

            Il se remit/elle se remit en mer, cherchant …

            Je la [la ruelle] trouvai tout bourdonnante.

(2)   « Le gérondif [est] toujours précédé de en dans l’usage moderne [et] joue le rôle d’un complément circonstanciel et possède certaines propriétés de l’adverbe […] : Il me fallut rejoindre en courant mon père et mon grand-père qui m’appelaient (Proust) » GMF, 1999 : 339

Tout comme le participe présent, le gérondif reste invariable et peut recevoir des compléments du verbe. Mais, « sur le plan syntaxique, de même que le participe est la forme adjective du verbe, le gérondif en est la forme adverbiale. Il équivaut à un adverbe et assume la fonction d’un complément circonstanciel […] » GMF, 1999 : 342

II-                Participes passés :

«  le participe passé possède des valeurs spécifiques, verbales et adjectivales. A la différence du participe présent, il est variable en genre et en nombre […] Il possède une forme simple (chanté, venu) et une forme composée (ayant chanté, étant venu) » GMF, 1999 : 342

(1)   Valeurs verbales :

-          Avec les auxiliaires, il sert à composer les formes composées des verbes

-          Sert à former le passif des verbes transitifs

-          Peut constituer le noyau d’une proposition subordonnée participiale : [Le spectacle terminé], les comédiens saluent le public.

(2)   Valeur adjectivale : « Le participe passé employé sans auxiliaire peut jouer le rôle d’un adjectif qualificatif [épithète, apposé, attribut du sujet, attribut de l’objet] » GMF, 1999 : 343

▲ Propositions subordonnées participiales : propositions dont le noyau est un participe (présent ou passé), qui jouent un rôle circonstanciel (elles sont donc mobiles) et possèdent un sujet autre que le sujet de la proposition principale. Ex. Son mari arrivant subitement, elle cacha son amant derrière les rideaux.

 

Classement des occurrences du texte:

            Les formes en –ant :

                       Participe présent : certains participes, qu’ils aient des compléments du verbe « chantant (mes vers) » ; « regrettant (mon amour et votre fier dédain) » ou non, « dévidant » ; « filant » ; « sommeillant », occupent des positions d’adjectifs apposés et se rapportent au sujet vous (v. 1) repris vers 11. « Oyant (telle nouvelle) » fonctionne comme un adjectif épithète du nom servante. « Bénissant (votre nom) », fonctionnant également comme un adjectif, mais apposé, se rapporte au nom propre Ronsard.

                       Adjectif verbal : signalons ici que le substantif servante est le résultat de la dérivation par conversion de l’adjectif verbal, lui-même dérivé selon le même procédé du participe présent du verbe servir :

[servant(e)]N < [servant(e)]ADJ < [servant]p. présent < [[serv]Vant]p. présent

                       Gérondif : « en [vous] émerveillant »

▲ concernant « (ne s’aille) réveillant » → remarque de la GMF, 1999 : 253 : « Aller + participe présent a été très employé en ancien français […] : il va chantant (au sens de « il est en train de chanter ». Cette périphrase, archaïsante aujourd’hui, exprime un mouvement figuré (un devenir), en accord avec le sens de base du verbe aller […] ».

 

            Participes passés :

                       Valeurs verbales : /

                       Valeurs adjectivales : « assise » (p. passé du verbe asseoir, accordé en genre parce le poème est dédié à une femme ; valeur d’un adj. apposé) ; « accroupie » (même remarque ; valeur d’un adjectif épithète)

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article