éléments de correction Pascal
La douceur de la gloire est si grande, qu'à quelque chose qu'on l'attache, même à la mort, on l'aime.
L'orgueil contrepèse toutes nos misères. Car, ou il les cache, ou s'il les découvre, il se glorifie de les connaître.
L'orgueil nous tient d'une possession si naturelle au lieu de nos misères et de nos erreurs, que nous perdons même la vie avec joie, pourvu qu'on en parle.
La vanité est si ancrée dans le cœur de l'homme, qu'un goujat, un marmiton, un crocheteur se vante, et veut avoir ses admirateurs. Et les Philosophes mêmes en veulent. Ceux qui écrivent contre la gloire, veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit ; et ceux qui le lisent, veulent avoir la gloire de l'avoir lu ; et moi qui écris ceci, j'ai peut-être cette envie ; et peut être que ceux qui le liront l'auront aussi.
Malgré la vue de toutes nos misères qui nous touchent, et qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève.
Nous sommes si présomptueux, que nous voudrions être connus de toute la terre, et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus. Et nous sommes si vains, que l'estime qui nous environne nous amuse et nous contente.
Pascal, Pensées, XIV – Vanité de l’homme, 1670
L’expansion du nom
Le nom forme, comme on le sait, un GN (groupe nominal) avec son déterminant selon la règle de réécriture : GN → Dét + N. Le nom est alors appelé noyau de ce groupe ou syntagme. Au-delà de cette forme réduite, le GN connaît un certain nombre d’expansions facultatives qui servent à caractériser/spécifier le référent dénoté par le nom ; ainsi, « le GN étendu est une expansion du GN minimal par addition, autour du noyau nominal, des éléments facultatifs que sont :
1) l’adjectif ou le groupe adjectival épithètes : un livre ennuyeux […] ;
2) le syntagme prépositionnel complément du nom : […] votre réponse à ma demande ;
3) la subordonnée relative complétant un antécédent nominal : l’espion qui venait du froid […] ;
4) la subordonnée complétive et sa réduction infinitive lorsqu’elles développent le contenu de certains noms abstraits : l’idée que Paul démissionne / de démissionner. » GMF, 1999 : 148
A l’intérieur du GN, le NE (nom expansé) se limite au nom et à son/ses expansions, c’est-à-dire à l’ensemble des éléments composant le GN exception faite du déterminant :
[ [ le [ chat de la voisine] NE ] SN
D’un point de vue sémantique, les expansions du nom modifient le sens du nom noyau [le chat de la voisine n’est pas simplement un chat, c’est un chat particulier au sein de la classe des chats]. « A l’intérieur du NExp [NE] les modificateurs du nom peuvent manifester deux valeurs :
- Ils sont dits déterminatifs lorsqu’ils restreignent l’extension du nom […] [l’adjectif modificateur dans voiture blanche fait que l’on exclue toute voiture d’une autre couleur]
- [Ils sont dits explicatifs] lorsqu’ils s’interprètent comme une caractérisation non identificatoire du référent du nom […] [il s’agit d’une information supplémentaire]
▲ Certains NE connaissent une telle lexicalisation qu’ils sont assimilables à des noms composés : ex. chien de garde, chemin de fer
Classement des occurrences du texte
1) adjectif ou groupe adjectival : « si naturelle » est un groupe adjectival dans la mesure où l’adjectif naturelle, noyau du groupe, est lui-même expansé par l’adverbe si. Ce groupe fonctionne comme adjectif épithète du nom possession.
2) syntagme prépositionnel : « de la gloire » complément du nom douceur et « de l’homme » complément du nom cœur sont deux syntagmes prépositionnels puisqu’ils sont introduits par une préposition, tête du syntagme.
3) subordonnée relative : la fin de l’extrait présente toute une série de subordonnées relatives fonctionnant comme des expansions du nom. Selon que l’antécédent, nom expansé, est sujet ou objet de la subordonnée, le pronom varie morphologiquement : qui (sujet) / que (objet) :
[Nos misères]SUJET qui nous touchent / [Un instinct]OBJET que nous ne pouvons réprimer.
4) subordonnée complétive et sa réduction infinitive : Dans « Ceux […] qui veulent la gloire d’avoir bien écrit », « la gloire d’avoir bien écrit » est la réduction infinitive de la complétive la gloire qu’ils aient bien écrit, tout comme dans « Ceux qui […] veulent avoir la gloire de l’avoir lu », est la « la gloire de l’avoir lu » est la réduction infinitive de la complétive la gloire qu’ils l’aient bien lu.
▲ ligne 1 : « qu’on l’attache » est bien l’expansion de « quelque chose », mais elle sort du corpus puisque quelque chose est assimilée à une locution indéfinie et non à un GN. Cela étant discutable…