Modalités
Modalités d’énonciation et modalités d’énoncé
Définition de la modalité :
« [C’est l’] expression de l’attitude du locuteur par rapport au contenu propositionnel de son énoncé » LE QUERLER, 1996 : 61
« Dans l’étude de la langue, les modalités sont considérées comme des éléments qui expriment un certain type d’attitude du locuteur par rapport à son énoncé. Selon C. Bally [1932], toute phrase peut s’analyser en deux éléments : un « contenu représenté », le dictum (ou contenu propositionnel) et une modalité, le modus, qui indique la position du locuteur par rapport à la réalité du contenu exprimé. » GMF, 1994 : 579-580
Portée de la modalité et distinction : modalité d’énonciation / modalité d’énoncé :
Selon LE QUERLER, « la portée d’un élément quelconque de la phrase est constituée par sa zone d’influence dans cet énoncé » (1996 :56), ainsi, un ADV pourra porter sur :
Un V : Il marche lentement
Un ADJ : Il est très gentil.
Un ADV : Il marche très lentement.
Un SN : Une femme, peut-être son amie, était avec lui.
P : Heureusement, il n’a pas raté son train / Peut-être est-il malade. [ADV de phrase]
« La portée de la modalité est un élément qui sous-tend, chez certains auteurs, le classement des modalités : les modalités d’énonciation, qui sont également appelées modalités de phrase, ou encore modalités fondamentales, correspondent aux différents types de phrase (déclaratif, interrogatif, etc.) » LE QUERLER (1996 : 57)
→ « Les modalités d’énonciation renvoient au sujet de l’énonciation en marquant l’attitude énonciative de celui-ci dans sa relation à son allocutaire. Elles traduisent par différents types de phrases énonciatifs : déclaratif, injonctif ou interrogatif, qui expriment respectivement une affirmation, un ordre ou un questionnement, à l’intention de l’allocutaire. » GMF, 1994 : 580
→ « La « modalité d’énonciation » concerne les relations entre énonciateurs impliqués par les « grandes fonctions syntaxiques de la langue (Benveniste), comme l’assertion, l’interrogation, l’intimation. […] » HERSCHBERG PIERROT, 1993 : 17
▲ La portée ou incidence d’une modalité dans un énoncé n’est pas toujours facilement identifiable :
Ex. d’O. Ducrot : Le dimanche, Jean voit à peine ses enfants.
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En fonction de la portée de l’ADV à peine, 1) « il les voit peu le dimanche » 2) « il ne voit guère qu’eux » 3) « il ne les voit guère que le dimanche »
// « Les modalités d’énoncé renvoient au sujet de l’énonciation en marquant son attitude vis-à-vis du contenu de l’énoncé […] Elles expriment la manière dont l’énonciateur apprécie le contenu de l’énoncé. » GMF, 1994 : 580
// « La « modalité d’énoncé » ne porte plus sur les relations entre énonciateurs, mais, selon A. Meunier, « se rapporte au sujet de l’énoncé, éventuellement confondu avec le sujet d’énonciation. […] Elle « caractérise la manière dont le sujet de l’énoncé situe la proposition de base par rapport à la vérité, le nécessaire (vrai, possible, certain, nécessaire et leurs contraires, etc.), par rapport aussi à des jugements d’ordre appréciatif (utile, agréable, idiot, regrettable…) » (A. Meunier, « Modalités et communication », Langue française, n° 21, 1974, 13-14) » HERSCHBERG PIERROT, 1993 : 17
Typologies des modalités d’énoncé :
La GMF reprend les deux aspects de la subjectivité distingués par C. Kerbrat-Orecchioni dans L’énonciation. De la subjectivité dans le langage (1980) pour distinguer :
- « L’affectif, qui concerne toute expression d’un sentiment du locuteur »
- « L’évaluatif, qui correspond à tout jugement ou évaluation du locuteur : appréciations en termes de bon / mauvais (axiologique) ou modalisations selon le vrai, le faux ou l’incertain (épistémique)
LE QUERLER propose un classement selon 7 modalités (1996 : 54-56) :
1) Modalités aléthiques ou ontiques : ce sont les modalités énoncées par Aristote dans son carré logique. Les modalités aristotéliciennes sont :
le nécessaire l’impossible
le possible le contingent
ex. On vient de m’enlever mon plâtre, je peux marcher. → le possible
L’examen doit absolument avoir lieu demain […] → le nécessaire
2) Modalités déontiques : « elles sont de l’ordre de la permission, de l’obligation »
ex. Tu peux aller au cinéma ce soir. → permission
Tu dois aller voir le proviseur tout à l’heure […]. → obligation
3) Modalités temporelles : « Certains auteurs assimilent la temporalité, ou une partie de la temporalité (par exemple ce qui est de l’ordre du toujours et du parfois), à la modalité. »
4) Modalités épistémiques : « Ces modalités marquent la certitude ou l’incertitude du locuteur par rapport au contenu de son assertion : des verbes comme savoir, croire, des adverbes comme peut-être, sans doute, probablement, des tiroirs verbaux comme le tiroir en –rais dans certains de ses emplois sont des marqueurs de la modalité épistémique »
5) Modalités subjectives : « Les modalités subjectives indiquent des attitudes psychologiques du locuteur :
- Volonté (modalités bouliques) : Je veux que les élèves arrivent à l’heure.
- Appréciation (modalités appréciatives ou évaluatives) : Il est bon, mauvais que…, je regrette, j’espère que…
Les modalités épistémiques sont parfois classées avec les modalités subjectives (je sais que…)
Les marqueurs de la modalités :
Inventaire de la GMF (1994 : 581-582) :
« Noms affectifs ou évaluatifs
- N connotés : baraque vs maison, bagnole vs voiture
- N dérivés en –ard ou –asse : chauffard, paperasse
- N dérivés de V ou d’ADJ subjectifs : Vous sonderez combien est profonde la corruption féminine, vous toiserez la largeur de la misérable vanité des hommes (Balzac)
Adjectifs
- ADJ affectifs : drôle, effrayant, pauvre (antéposé)
- ADJ évaluatifs : gradation (petit/grand), appréciation éthique ou esthétique
Verbes
[…] dont le sémantisme exprime un sentiment (aimer, détester, craindre), une perception (sembler, paraître), une opinion (penser, croire), un jugement de vérité (avouer, prétendre, prétexter)…
Adverbes ou locutions adverbiales
Compléments de phrase ou compléments circonstanciels, ils expriment un commentaire du locuteur sur son énoncé (évidemment, certainement, peut-être, sans doute, probablement, heureusement, à mon avis, en toute franchise, à vrai dire…)
Temps du verbe
Les temps du verbe peuvent exprimer l’attitude du locuteur vis-à-vis du procès. Le futur et le conditionnel, tournés vers l’avenir, évaluent les chances de réalisation du procès en termes de probabilité et de possibilité […] Il n’est d’ailleurs pas toujours facile de séparer les valeurs temporelles et modales de ces temps verbaux.
Intonation (notamment la phrase exclamative) et interjections (Hélas !, Zut !)
Biblio : RIEGEL, M. et al., 1994, Grammaire méthodique du français, PUF, Paris / LE QUERLER, N., 1996, Typologie des modalités, Presses universitaires de Caen, Caen / HERSCHBERG PIERROT, A., 1993, Stylistique de la prose, Belin, Paris