les temps verbaux 3
Les temps verbaux 3
Interprétation du système temporel de l’indicatif
L’interprétation du système temporel se fait en fonction du repère choisi par l’énonciateur.
▲ GMF, 1994 : 289 : « Le repère fondamental (initial) est fourni par la situation d’énonciation. Le moment où je parle (ou point d’énonciation) constitue l’origine du procès (T0) ; il fonde la notion de « présent ». Un autre repère (dérivé) est le point de l’évènement, c’est-à-dire le moment du procès dans le temps (T’). ».
Il existe deux possibilités :
- le repère coïncide avec le moment de la parole. On a alors opposition passé / présent (d’énonciation) / futur, à laquelle correspondent des expressions adverbiales de nature déictique (aujourd’hui, hier, demain). C’est le présent de l’énonciation qui fonde l’organisation temporelle du discours.
- le repère ne coïncide pas avec le moment de la parole. Ce repère peut être choisi dans le passé ou dans le futur. Les oppositions temporelles s’interprètent alors dans le texte par rapport à ce repère, qui est le moment de l’évènement évoqué et qui organise la temporalité. L’opposition s’organise selon antérieur / simultané / postérieur, à laquelle correspondent des expressions non déictiques, de nature anaphorique (à ce moment-là, la veille, le lendemain)
Emploi des temps (de l’indicatif)
Cf. GMF, 1994 : 298-320
Le présent
« La forme grammaticale « présent » entretient apparemment une relation privilégiée avec l’époque présente (« l’actuel ») qui est contemporaine de l’acte d’énonciation. […] Mais un énoncé comportant un verbe au présent peut aussi situer le procès dans n’importe quelle époque, passé ou future, voire dans toutes les époques (valeur omnitemporelle). […] De même que la temporalité, le bornage et la durée d’un procès au présent ne sont pas indiqués par ce temps grammatical. […] Le bornage et la durée du procès se déduisent du sémantisme du verbe ou des indications du contexte : La bombe explose // […] Elle marche dans la rue. »
Valeurs temporelles du présent
- présent d’énonciation : il indique un évènement ou un état de chose contemporains de l’acte dénonciation : Je vous félicite pour ce brillant résultat.
- présent étendu : toujours centré sur le point d’énonciation [il] occupe un espace de temps plus ou moins large, en fonction du sens lexical du verbe, du procès dénoté ou des indicateurs temporels : Il neige depuis vingt-quatre heures.
- présent permanent [ou gnomique ou de vérités générales] : peut couvrir un très grand espace de temps, englobant le passé et le futur. Cette valeur omnitemporelle (ou panchronique) se rencontre dans les définitions […], des vérités générales […] que le locuteur considère comme valables à toutes les époques. C’est le temps des proverbes, des maximes, des morales.
- un énoncé au présent peut évoquer le passé ou le futur s’il est situé avant ou après le point d’énonciation grâce à des compléments circonstancielles de temps ou par des connaissances contextuelles ou situationnelles. L’énoncé reste lié au moment de parole, mais le procès est décalé dans le passé (1) ou dans l’avenir (2) :
(1) Je sors à l’instant du lycée / (2) Elle part demain pour le Pérou.
- Présent historique ou de narration : est employé pour évoquer des évènements passés, réels ou fictifs, dans une phrase isolée ou dans tout un fragment de texte. A la différence du présent évoquent un passé proche, il est éloigné du moment de l’énonciation, et décalé en bloc dans le passé. Il tire sa valeur temporelle du contexte (récit au passé), d’un adverbe ou d’un complément circonstancielle de temps indiquant notamment une date : En 1789, le peuple de Paris prend la Bastille. L’introduction insolite du présent dans un système temporel au passé crée un effet d’accélération ou de rapidité, voire de dramatisation. [→ figure de l’hypotypose : « peint les choses d’une manière si vive et si énergique, qu’elle met en quelque sorte sous les yeux, et fait d’un récit ou d’une description, une image, un tableau, ou même une scène vivante » FONTANIER, 1968 : 390]
- Le présent prophétique : plus rare, est employé, inversement, pour évoquer des faits à venir, dans le cas de prédictions ou de prévisions.
Le passé composé
Comme forme composée du verbe symétrique au présent, le passé composé exprime l’aspect accompli et marque l’antériorité par rapport au présent.
Valeurs temporelles du passé composé :
- accompli du présent : le procès est accompli au moment de l’énonciation. Nous avons emporté de quoi faire du thé (Gide). Il s’oppose ainsi au présent, qui évoque un procès en cours de réalisation (Nous emportons…).
- antérieur au présent : en corrélation avec le présent, le passé composé marque l’antériorité par rapport à celui-ci : Quand il a déjeuné, César fait la sieste.
- à la place du présent : (1) après si dans un système hypothétique orienté vers le futur, pour souligner l’achèvement du procès subordonné, antérieur au procès principal : Si vous n’avez pas trouvé demain la solution de ce problème, je vous l’expliquerai. (2) dans l’évocation d’un futur proche : J’ai fini dans cinq minutes. (3) expression d’une vérité générale : Hélas ! on voit que de tout temps / Les petits ont pâti des sottises des grands (La Fontaine).
- Temps du passé : Il remplace le passé simple inusité dans le discours oral et s’oppose à l’imparfait dans des conditions analogues au passé simple : c’est le temps des évènements ordonnés dans la passé, des faits de premier plan. Contrairement au passé simple qui est un temps coupé du présent, avec le passé composé, l’évènement passé n’est pas totalement coupé du présent, mais il est envisagé par le locuteur, à partir du moment de l’énonciation, avec une certaine « proximité psychologique » [Paul Imbs]. De là son emploi dans le discours oral [c’est un passé du « discours »], repéré par rapport à la situation d’énonciation, et aussi dans tout texte où le locuteur évoque des faits passé en les reliant à son énonciation. Selon Emile Benveniste « le passé composé établit un lien vivant entre l’évènement passé et le présent où son évocation trouve sa place. C’est le temps de celui qui relate en témoin, en participant ; c’est donc aussi le temps que choisira quiconque veut faire retentir jusqu’à nous l’évènement rapporté et le rattacher à notre présent »
Le passé simple
Le passé simple donne une vision synthétique et compacte du procès : il l’envisage « comme un noyau indivis, comme un tout fermé sur lui-même et en offre une vision globale, indifférenciée, non sécante [Robert Martin]. Il « parcourt l’espace temporel du procès de sa limite initiale à sa limité finale sans le pénétrer ». […] Avec le passé simple, on perçoit un procès nettement délimité dans son déroulement et orienté vers son terme final. […] Selon le sémantisme du verbe, ce procès peut connaître une durée plus ou moins longue, mais toujours délimitable. […] La nette délimitation du procès explique le fonctionnement du passé simple dans un texte. Il est apte à introduire un repère temporel nouveau dans un récit du passé [c’est le temps du récit et s’oppose en cela au passé composé Cf. BARTHES, 1972 : 25 « Retiré du français parlé, le passé simple, pierre d’angle du Récit, signale toujours un art ; il fait partie des Belles-Lettres » ] […] Il est le plus approprié pour représenter les évènements importants, les faits de premiers plans [à l’inverse de l’imparfait Cf. HERSCHBERG-PIERROT, 1993 : 85 « Le passé simple, temps de l’information nouvelle, constitue la trame narrative du récit. C’est le temps de l’ « événement inouï », du premier plan. L’imparfait, en revanche, est réservé aux circonstances secondaires, aux descriptions, réfexions, et à tout ce que l’auteur désire repousser à l’arrière-plan.» » ]. […] Dans un récit, l’ordre linéaire des passés simples sert à marquer la succession chronologique des faits relatés, souvent sans l’aide d’indicateurs temporels (compléments de temps, conjonctions ou adverbes comme puis ou ensuite : La nuit était close. Je rangeai mes papiers. Je ne dînai point ; je sortis ; vers huit heures j’entrai chez Angèle (Gide).
A la différence du passé composé, le passé simple n’est pas formellement mis en relation avec le moment de l’énonciation. Il est donc plus apte à rapporter des faits passés coupés du présent de l’énonciateur, ce qui leur confère une grande autonomie et peut leur ajouter « une connotation d’ancienneté » comme le montrent les contes : Le Chat devint grand Seigneur, et ne courut plus après les souris, que pour se divertir (Perrault).