Les déictiques 1

Publié le par lexgram

Les déictiques (ou embrayeurs (R. Jakobson))

Définition 

« Les déictiques ou les expressions déictiques sont des unités linguistiques « dont le sens implique obligatoirement un renvoi à la situation d’énonciation pour trouver le référent visé » [G. Kleiber, 1986 : 12] » GMF, 1994 : 577

« Ce sont [les déictiques] les unités linguistiques dont le fonctionnement sémantico-référentiel […] implique une prise en considération de certains des éléments constitutifs de la situation de communication, à savoir

-          le rôle que tiennent dans le procès d’énonciation les actants de l’énoncé,

-          la situation spatio-temporelle du locuteur, et éventuellement de l’allocutaire »    KERBRAT-ORECCHIONI, 1980 : 36

▲ « [….] ce qui « varie avec la situation », c’est le référent d’une unité déictique, et non pas son sens, lequel reste constant d’un emploi à l’autre ; le pronom « je » fournit toujours la même information, à savoir « la personne à laquelle renvoie le signifiant, c’est le sujet d’énonciation ». […] Pour reprendre la terminologie de Lyons, les unités non déictiques ont un denotatum (classe d’objets que l’item est virtuellement susceptible de dénoter) relativement stable. Les unités déictiques en revanche, si elles reçoivent bien en discours un référent spécifique, ne possèdent pas, en langue, de denotatum spécifique. »

KERBRAT-ORECCHIONI, 1980 : 36-37

 

Typologie des déictiques

Les pronoms personnels de 1ère et 2e personne : « Je désigne le locuteur (celui qui parle, « celui qui dit je »), tu l’allocutaire (celui à qui le locuteur parle) ; l’un et l’autre sont alternativement utilisés par chaque interlocuteur dans un dialogue. […] Nous inclut le locuteur et d’autres personnes (allocutaire(s) ou tierce(s) personne(s)) ; vous désigne le ou les allocutaires et peut inclure une tierce personne […] Par définition, ces pronoms de dialogues ne désignent que des référents humains ou anthropomorphes. » GMF, 1994 : 578

« A la différence des noms communs, définissables par des traits sémantiques généraux, « je » ne peut se définir qu’en impliquant l’usage énonciatif qui en est fait. « « Je » désigne la personne qui énonce « je » » (Jakobson). » HERSCHBERG PIERROT, 1993 : 10

Les déterminants et pronoms possessifs de 1ère er 2e personne :

« [Ils] ont également une valeur déictique, dans la mesure où leur sens intègre une mise en rapport avec le locuteur ou l’allocutaire : Donne-moi mon livre, je te rends le tien. Le pronom possessif confère alors au groupe nominal entier une valeur déictique. » GMF, id.

▲ « Le pronom personnel de troisième personne peut aussi prendre une valeur déictique quand il sert à désigner un objet présent dans la situation : Regarde-le ! Comme il est susceptible ! (Pagnol) / Les possessifs de troisième personne donnent aussi cette valeur [déictique] au groupe nominal, quand ils renvoient à une tierce personne présente dans la situation de discours : Regarde sa robe ! » GMF, id.

Les déterminants et pronoms démonstratifs :

« Ils sont, selon le cas, référentiels au cotexte (représentants [valeur anaphorique]) ou référentiels à la situation de communication (déictiques). Dans l’énoncé suivant, extrait d’une pièce de théâtre [Voyage de G. Schehadé] :

            « Dites… (il montre Diego), ce matelot arrive de Santos. Si on l’interrogeait ? », l’adjectif démonstratif [→ déterminant démonstratif] est cotextuel si la pièce est lue (antécédent : Diego) et déictique si elle est vue ». KERBRAT-ORECCHIONI, 1980 : 44

« Ils servent à constituer des groupes nominaux qui réfèrent à un objet présent dans la situation, surtout s’ils sont accompagnés d’un geste de désignation [l’index] : Donne-moi ce livre / ceci / celaApprenez à vous méfier de ce monde-ci (Balzac) » GMF, id.

▲ « Mais ils peuvent également prendre une valeur anaphorique quand ils renvoient à un segment antérieur du texte »

▲ « Comme le déterminant démonstratif, l’article défini peut conférer au groupe nominal une valeur déictique quand celui-ci renvoie à un objet présent dans la situation d’énonciation : Passe-moi le cric. »

            La localisation spatio-temporelle :

            Espace : adverbes spatiaux : ici / là / là-bas, les prépositions : devant / derrière

            Temps : (tableau tiré de KERBRAT-ORECCHIONI, 1980 : 47)

 

Déictiques / Référence T0

Relatifs au cotexte

Référence : Y exprimé dans le cotexte

Simultanéité

en ce moment, maintenant

à ce moment-là, alors

Antériorité

hier, l’autre jour, récemment

la veille, la semaine précédente, peu avant

Postériorité

demain, l’année prochaine, dans deux jours

le lendemain, l’année suivante, deux jours plus tard

Neutres

aujourd’hui, ce matin, cet été, tout à l’heure

un autre jour

 

Les temps du verbe  

Biblio : RIEGEL, M. et al., 1994, Grammaire méthodique du français, PUF, Paris / KLEIBER, G., 1986, « Déictiques, embrayeurs, etc., comment les définir ? », L’information grammaticale, 30 : 12 / KERBRAT-ORECCHIONI, C., 1980, L’énonciation. De la subjectivité dans le langage, Armand Colin, Paris 

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